Led Zeppelin II : la chambre sous tension
Le disque commence comme une porte qu’on force. “Led Zeppelin II” n’a jamais vraiment demandé la permission.
Il arrivait sur la platine avec cette pochette brune, étrange, presque militaire, et déjà quelque chose grondait avant même que l’aiguille touche le sillon.
En 1969, le groupe tourne sans relâche, enregistre entre deux avions, deux hôtels, deux scènes encore chaudes. Cela s’entend. Rien n’est poli. Tout semble pris sur le vif, comme si les murs du studio avaient à peine eu le temps de retenir le son.
La basse de John Paul Jones avance lourde et souple. La batterie de John Bonham ne marque pas seulement le tempo, elle pousse les meubles. Jimmy Page taille des riffs qui accrochent immédiatement la peau. Et Robert Plant chante avec cette insolence jeune, encore brûlante, qui donne l’impression qu’aucune limite n’existe vraiment.
On écoutait ce disque fort. Trop fort. Dans une chambre, dans une voiture, sur une chaîne hi-fi qui chauffait un peu. La face tournait et l’air devenait plus épais. Il y avait du blues, mais cabossé, électrifié, tiré vers autre chose. Un rock plus physique, plus direct, presque animal.
Ce n’était pas seulement un album à écouter.
C’était un volume à monter.
Et quand le silence revenait après la dernière note, on restait quelques secondes devant la pochette, comme devant une preuve.

