Led Zeppelin : l’alchimie du tonnerre
Londres, 15 octobre 1968. Le premier coup de semonce est tiré aux Olympic Studios sous la direction d’un Jimmy Page visionnaire, ex-Yardbird hanté par l’idée d’un "Blues lourd".
Ce n’est pas seulement un groupe qui naît, c’est une architecture sonore inédite. La déflagration. Robert Plant, avec sa crinière d’or et ses cris d’une sensualité tellurique, redéfinit le rôle du frontman. Derrière lui, la section rythmique la plus terrifiante de l’histoire : John Paul Jones, l’architecte discret aux claviers et à la basse, et John Bonham, dont la frappe de mule sur sa Ludwig ambre semble convoquer les orages de l’Olympe.
Leur son est un paradoxe vivant. C’est le mariage de la dentelle folk et du granit électrique. Page, architecte du chaos, empile les pistes de guitares (souvent sa Telecaster 59 ou sa Gibson Les Paul) avec une précision d’horloger, utilisant l’écho et la distance des micros pour capturer l’air même de la pièce. Ils ne se contentent pas de jouer du rock ; ils sculptent le silence entre les notes pour le transformer en tension érotique.
De la sueur des clubs de Copenhague aux stades américains brûlants, Zeppelin a imposé une mystique de l’excès, où l’occultisme croisait la route du Delta Blues. C’est une musique de géants, lourde de symboles et de cymbales fracassées, qui a fini par faire s’effondrer le ciel des années 70 sous son propre poids de génie.

