Légendes : U2, les architectes de l’émotion électrique
Quatre gamins de Dublin qui, à la fin des années 70, rêvaient de faire trembler les stades. Voilà d’où vient U2.
Ce qui aurait pu rester un groupe de lycée bancal est devenu l’une des formations les plus durables et influentes du rock moderne. Leur secret ? La tension permanente entre urgence politique et quête spirituelle, entre riffs tranchants de The Edge et lyrisme incandescent de Bono.
Dès War (1983), l’innocence s’efface : “Sunday Bloody Sunday” fait entrer la guerre civile irlandaise dans la pop mondiale. Puis arrive The Joshua Tree (1987), sommet d’épure et de ferveur, qui capture l’Amérique rêvée et la rend à ses contradictions. Chaque titre y résonne comme une prière profane, du désert californien aux métropoles étouffées.
Là où d’autres se seraient fossilisés, U2 ose la mue : Achtung Baby (1991), enfant illégitime de Berlin en ruines et de la techno naissante, brouille les frontières entre rock, électro et ironie postmoderne. Le groupe joue avec ses propres masques, et invente le spectacle-monde, de Zoo TV aux écrans géants de 360° Tour.
Bien sûr, Bono divise : prêcheur mégalo pour les uns, prophète engagé pour les autres. Mais c’est précisément cette contradiction qui fait de U2 plus qu’un simple groupe : une conscience planétaire en sonorités cathédrales. Et qu’on les adore ou qu’on les raille, personne ne peut nier qu’ils ont donné au rock une intensité émotionnelle que peu ont su égaler.