Let's Stay Together : l'éternité dans un souffle
28 janvier 1972. Le monde change, mais chez Hi Records à Memphis, le temps suspend son vol.
Let’s Stay Together n’est pas qu’une chanson ; c’est le manifeste d’une soul qui refuse la morsure du désespoir pour l’onctuosité de la dévotion.
Produit par le sorcier Willie Mitchell, le titre repose sur une architecture d’une précision chirurgicale. Oubliez la sueur de Stax ; ici, tout est soie et velours. La section rythmique est impériale : Al Jackson Jr. (batterie) et Leroy Hodges (basse) installent un groove métronomique, presque hypnotique, sur lequel se posent les cuivres feutrés des Memphis Horns. L’innovation réside dans ce mixage aéré où la voix d’Al Green, fragile et androgyne, semble flotter au-dessus de l’instrumentation.
La perfection fut pourtant proche du rejet. Al Green trouvait la prise trop “douce”, pas assez brute. Il s’est disputé avec Mitchell pendant deux jours, refusant de chanter avec cette retenue presque chuchotée. Mitchell a tenu bon. Le résultat ? Une prise vocale capturée en un éclair, où Green finit par s’abandonner totalement à la mélodie.
Pour moi, ce morceau est un miracle d’équilibre. C’est la bande-son d’un dimanche matin pluvieux où l’on se sent invincible. C’est moins du R&B qu’une prière laïque, une promesse de fidélité lancée à la face d’un monde qui s’écroule. Écouter ce titre, c’est accepter que la douceur est la forme de résistance la plus radicale.

