Like a Rolling Stone : l’odeur du bitume chaud et l'insolence pure
À l’été 1965, "Like a Rolling Stone" ouvre les vannes d’un torrent de six minutes qui va balayer tout ce que la radio transmettait jusqu'ici.
Au milieu du morceau, il y a cet orgue Hammond B-3, presque noyé, joué par Al Kooper qui s’est incrusté à la session et cherche ses notes avec un temps de retard. Ce léger décalage, cette imperfection divine, c’est précisément le cœur battant du titre. La voix de Bob Dylan n’est pas belle, elle est abrasive, crachée, pleine d’un mépris jubilatoire qui s’adresse à tous ceux qui se croyaient à l’abri.
Ce morceau n’était pas fait pour la danse, il était fait pour rouler. On se rappelle tous la première fois qu’on l’a entendu percer le souffle de la bande FM, la main sur le volant, le coude à la portière, ou tard la nuit, calé dans le fond d’un fauteuil avec le bourdonnement du vinyle dans les enceintes.
C’est la chanson des virages serrés, des ruptures, du moment exact où l’on réalise qu’on n’a plus rien à perdre et que, paradoxalement, c’est là que commence la vraie liberté. Les couplets s’accumulent, denses, électriques, portés par une guitare acoustique qui s’accroche au rythme comme un rescapé à sa bouée.
Quand le refrain explose, ce n’est plus seulement une chanson. C’est un vertige partagé par toute une génération qui apprend à marcher sans boussole.
Le morceau s’éteint lentement dans un chaos de cymbales et de rires étouffés, mais le pare-brise reste grand ouvert sur l’inconnu.

