Little Richard : l'architecte du vacarme
Avant lui, le rock n'existait pas vraiment. Après lui, plus rien ne pouvait revenir en arrière.
Little Richard ne chante pas, il crève l’écran. Georgia, fin des années quarante : un gamin efféminé, noir, gay dans un Sud qui broie les trois à la fois, s’assoit au piano et tape comme s’il voulait le fendre.
Sa voix vrille, part dans les aigus, redescend en cri rauque, un instrument de percussion autant que de mélodie. Ce hurlement-là invente un langage que Elvis, les Beatles, Bowie et Prince viendront tous piller sans jamais l’égaler.
Il fracture les codes raciaux des radios américaines, impose son corps et son excès comme manifeste avant même que le mot “queer” ait sa place dans la culture populaire.
Sur scène, il transpire, il crie, il abandonne le piano en plein morceau, debout, électrique, insaisissable. Le public ne sait jamais s’il assiste à un concert ou à une révélation.
Il n’a pas suivi le rock and roll. Il l’a allumé, et il a laissé brûler.

