New York, 1965. Lou Reed sort de l’usine à tubes de Pickwick Records, où il fabrique de la pop jetable à la chaîne. Il en garde une colère froide. Avec le Velvet Underground, il déchire le décor : des accords nus, un alto qui crisse, une guitare réduite à l’os. Il chante l’héroïne, les travestis, les caves, ce que personne ne chante encore. Presque personne n’achète. Presque tous ceux qui l’achètent montent un groupe.
Il a changé la musique en refusant de lui plaire. Après lui, le rock n’a plus besoin d’être beau pour être vrai. “Transformer” le jette au glam, “Berlin” le plonge dans une noirceur de cave inondée, “Metal Machine Music” fait fuir ses propres fans. Il se tient toujours un pas à côté de ce qu’on attend. Sa voix parle plus qu’elle ne chante, sèche, nasale, sans fard. C’est là qu’elle frappe.
Il a appris aux gens que la rue pouvait être de la poésie.
Un trottoir mouillé, un néon, un type qui marche. Il n’a jamais rien dit de plus.

