Loveless : le bruit des rêves
Quand "Loveless" arrive en 1991, il semble venir d'un endroit où le rock a perdu ses contours. Les guitares ne tranchent plus. Elles flottent, se déforment, respirent comme une matière vivante.
Les voix paraissent lointaines, presque murmurées à l’oreille, sans jamais vraiment sortir du brouillard.
La première écoute déroute souvent. On cherche une mélodie, un refrain, un point d’appui. Puis, sans prévenir, on cesse de lutter. L’album agit autrement. Il enveloppe plus qu’il ne raconte. Chaque morceau ressemble à une vague qui efface la précédente, jusqu’à faire disparaître la notion même du temps.
On se souvient aussi de cette pochette aux couleurs floues, posée près de la chaîne hi-fi pendant que le disque tourne encore une fois. Le casque est un peu trop fort. Les détails du quotidien s’éloignent. La chambre devient plus silencieuse alors que la musique semble remplir chaque centimètre de l’air.
Sa création, longue et obsessionnelle, a presque fini par engloutir son propre groupe. Mais ce perfectionnisme a donné naissance à un album qui refuse toujours de vieillir. Il continue d’influencer des générations de musiciens sans jamais perdre son mystère.
On ne revient pas à Loveless pour retrouver un souvenir précis.
On y revient pour retrouver cette étrange sensation de rêver les yeux ouverts, le temps d’une face... puis de reposer immédiatement l’aiguille au début.

