Mr. Tambourine Man : il y a des guitares qui ouvrent une fenêtre
En 1965, The Byrds n'ont pas repris Bob Dylan. Ils ont changé la couleur de l'air.
Dès les premières notes de la Rickenbacker de Roger McGuinn, quelque chose scintille, pas lourd, pas agressif. Suspendu. Une guitare qui tinte comme une radio allumée dans une chambre vide, rideaux à moitié tirés, au moment exact où le monde paraît soudain un peu plus grand que prévu.
La voix entre, douce et presque absente. Les harmonies planent au-dessus sans appuyer.
Ce que les Byrds ont compris, c’est qu’un texte déjà mystérieux n’avait pas besoin d’être alourdi, il fallait lui donner de l’air, une mélodie que la bouche retient sans effort, ce timbre un peu mince qui passe à travers les vitres comme si les vitres n’existaient pas.
Elle a tourné sur des milliers d’autoradios fragiles. Dans des voitures qui roulaient sans destination précise, avec des gens qui ne savaient pas encore qu’ils partaient.
Aujourd’hui, “Mr. Tambourine Man” garde cette clarté étrange, celle d’une chanson qui ne raconte rien de précis et pourtant laisse une empreinte, comme une main posée sur une vitre froide, juste avant l’aube.

