Il porte une guitare acoustique que personne n’entend dans le vacarme des clubs.
Alors il la branche. Le son se gonfle, grince, mord. Le blues du Delta, jusque-là murmure de porche, devient une machine de guerre urbaine.
Autour de lui, une bande qui cisèle l’ensemble : harmonica saturé, piano roulant, contrebasse lourde comme un camion de nuit. Sa voix, elle, ne chante pas. Elle impose.
Chess Records l’enregistre. Des gamins anglais, les Rolling Stones en tête, lui empruntent jusqu’à leur nom. “At Newport 1960” fracture un public blanc médusé. “Folk Singer” le dépouille jusqu’à l’os.
Sans lui, pas de Stones, pas de Clapton, pas de Hendrix.
Il a pris un cri de champ de coton et l’a rendu électrique pour toujours.

