Neil Young : l'éternel grincement de la terre
Il y a dans la voix de Neil Young cette fêlure ancestrale, ce vacillement de funambule qui semble toujours sur le point de rompre sans jamais céder.
C’est le son d’un homme qui a décidé, un soir de 1966 dans un embouteillage sur Sunset Boulevard, que la perfection était l’ennemi de la vérité. Avec sa Gretsch White Falcon ou sa “Old Black” balafrée, il ne joue pas de la guitare ; il sculpte des larsens, extirpe des racines électriques du sol californien pour en faire un orage de distorsion.
Se souvenir de la première écoute de “After the Gold Rush”, c’est retrouver l’odeur du bois froid et la sensation d’une solitude enfin comprise. On n’écoute pas le Loner pour se divertir, on l’écoute pour se tenir droit face au vent. Entre les murs du studio de Topanga ou sous les projecteurs avec Crazy Horse, il a imposé une éthique du premier jet, le dogme de l’instant brut où l’erreur devient une grâce. Sa musique est une matière organique, un mélange de boue et d’étoiles.
Le toucher de Ralph Molina derrière les fûts, cette lourdeur hypnotique, ce tempo qui traîne les pieds pour mieux nous ancrer dans la réalité d’un monde qui s’effiloche. Neil est ce vieux frère bourru qui refuse de polir ses colères. Il nous rappelle que nos cicatrices sont nos plus beaux accords.
C’est le craquement d’un vinyle qui tourne dans le noir, une présence qui ne demande rien, mais qui change tout.

