Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols : l'anéantissement du vieux monde
Le 28 octobre 1977, la Grande-Bretagne s’est réveillée avec une gueule de bois qu'aucun remède ne pouvait apaiser.
Never Mind the Bollocks, Here’s the Sex Pistols n’est pas un disque, c’est un constat de décès de la complaisance rock. Produit par le méticuleux Chris Thomas (bras droit de George Martin !) et Bill Price aux Wessex Studios, l’album offre une muraille de son insoupçonnée. Contrairement à la légende d’un chaos brouillon, les guitares de Steve Jones, superposées jusqu’à l’overdose sur un vieux Marshall volé à Bowie, créent une texture épaisse, monolithique, presque symphonique dans sa brutalité.
L’enregistrement fut un champ de bataille de tensions larvées : Glen Matlock, évincé, ne joue que sur un titre, laissant Jones assurer la basse sur le reste de l’album pour masquer l’incapacité technique de Sid Vicious. Au micro, Johnny Rotten ne chante pas, il éructe un nihilisme ricanant, transformant le désespoir social en une poésie abrasive.
C’est l’anti-virtuosité élevée au rang d’art total. On y entend l’effondrement de l’Empire, le fracas des chaînes de montage qui s’arrêtent et l’insolence de gamins qui n’ont rien à perdre. Pour moi, ce disque reste l’étalon-or de la rupture : une décharge électrique qui a rendu tout ce qui l’entourait soudainement obsolète et poussiéreux. Un séisme de trente-huit minutes.

