Nothing Compares 2 U : le cri qui a déchiré l'hiver 1990
Janvier 1990. Le mur de Berlin est tombé deux mois plus tôt, mais le vrai frisson vient de Dublin.
Sinéad O’Connor, crâne rasé et regard d’acier, s’approprie une pépite méconnue de Prince (écrite en 1984 pour son projet “The Family”). Elle en fait l’hymne universel du deuil amoureux.
Produit par Sinéad elle-même et Nellee Hooper, le morceau repose sur une économie de moyens radicale. Contrairement à la version funk-synthétique originale de Prince, l’arrangement ici est funèbre : une nappe de cordes synthétiques austère, une batterie métronomique et ce silence, presque physique, qui entoure sa voix. Le mixage met en avant chaque inflexion, chaque respiration saccadée, transformant la chanson en une autopsie de l’âme.
L’anecdote de légende reste le tournage du clip par John Maybury. Le plan fixe serré n’était pas censé se terminer ainsi : lors de la phrase “All the flowers that you planted, mama, in the backyard, all died and withered away”, Sinéad pense à sa propre mère décédée en 1985. Les deux larmes qui coulent sur ses joues sont réelles. C’est cet instant de vérité brute, capturé en une prise, qui a figé le morceau dans l’éternité.
Pour moi, ce titre est l’ultime hold-up artistique. O’Connor n’interprète pas Prince, elle l’exorcise. Elle a réussi ce tour de force rare : rendre une chanson si intime qu’on finit par oublier son créateur. C’est la bande-son d’un dimanche de pluie où l’on réalise que le vide a désormais un nom.


Ce que les filles ont pleuré sur cette interprétation!