Nothing Compares 2 U : une larme sur la joue
Mars 1990. La télévision diffuse un visage en très gros plan, rasé de frais, magnétique, d'une pâleur presque irréelle.
Sinéad O’Connor fixe l’objectif sans ciller. Quand ces deux larmes coulent à la fin du clip, le monde entier s’arrête. Ce morceau, écrit par Prince mais resté confidentiel, trouve enfin sa véritable propriétaire. Elle en fait un monument de solitude.
La force de cette version tient à un dépouillement total. Une boîte à rythmes froide, lourde, inflexible, qui bat comme un cœur fatigué au fond d’un studio désert. Par-dessus, des nappes de synthétiseurs presque funèbres. Et puis cette voix.
Nothing Compares 2 U commence dans un murmure fragile, une confidence glissée au creux de l’oreille, avant de se déchirer sur le refrain. Quand Sinéad O’Connor pousse ses notes dans les aigus, ce n’est pas de la technique, c’est un cri brut, un vertige qui s’engouffre dans les haut-parleurs de la radio.
On a tous croisé ce morceau un soir de pluie, garé sur le bas-côté d’une départementale, les essuie-glaces au ralenti, ou tard la nuit, les yeux rivés au plafond d’une chambre d’étudiant avec pour seule lumière les voyants d’un amplificateur. Sinéad O’Connor n’interprète pas la rupture, elle la vit en direct, gravant cette absence dans le vinyle pour les décennies à venir.
Le morceau s’éteint sur quelques notes de violon amères, mais le silence qui suit garde le même poids.

