Once in a Lifetime : le grand saut dans le vide existentiel
Publié le 8 octobre 1980 au Royaume-Uni et le 2 février 1981 aux États-Unis, "Once in a Lifetime" est le séisme de l'album "Remain in Light". Nous sommes au Sigma Sound Studios de New York.
Sous l’égide de Brian Eno, les Talking Heads ne composent plus : ils sculptent un collage polyrythmique d’une complexité inouïe, inspiré par l’afrobeat de Fela Kuti et le funk déconstruit.
Techniquement, le morceau repose sur une prouesse de montage. Le bassiste Tina Weymouth et le batteur Chris Frantz ont enregistré de longues boucles de jams, sur lesquelles Eno et David Byrne ont plaqué des strates de synthétiseurs et de percussions.
La basse, jouée sur une Steinberger, ne change jamais de note pendant les couplets, créant cette transe hypnotique. L’innovation majeure réside dans l’utilisation de la console de mixage comme un instrument à part entière, où chaque élément semble arriver à contretemps, défiant la métrique binaire classique.
Lors des sessions, David Byrne a écrit les paroles en s’inspirant des prêches fiévreux des télévangélistes américains. En cabine, il a littéralement improvisé sa gestuelle saccadée, devenue mythique dans le clip réalisé par Toni Basil, en visionnant des documentaires sur les rituels de possession, tentant de capturer l’extase et l’effroi simultanément.
C’est le son d’un homme qui réalise que sa vie n’est qu’un décor de théâtre. Un chef-d’œuvre de paranoïa lumineuse. Entre le prêche halluciné et l’océan de synthés, on se sent comme un déraciné dans son propre salon. Une œuvre qui n’a pas vieilli d’une seconde.

