Paranoid Android : l’opéra dystopique des nerfs à vif
16 juin 1997. Radiohead lâche une grenade à fragmentation dans le jardin de la Britpop.
Alors que le monde chante encore les refrains faciles d’Oasis, Thom Yorke et sa bande publient le premier single de “OK Computer”. Plus qu’une chanson, c’est une suite labyrinthique de 6 minutes et 23 secondes, une cathédrale de verre brisé découpée en trois sections distinctes.
Produit par Nigel Godrich aux côtés du groupe, le morceau est une prouesse technique enregistrée principalement au manoir de St Catherine’s Court. Exit la structure couplet-refrain ; on navigue ici entre une folk léthargique sous Prozac, un assaut de guitares fuzz héritées des Pixies, et une coda chorale d’une beauté sépulcrale. L’innovation réside dans ce montage abrupt, presque cinématographique, réalisé sur ruban analogique.
L’anecdote de studio : Le solo final de Jonny Greenwood, une explosion de distorsion robotique, a été généré via un filtre qu’il a lui-même programmé sur un synthétiseur modulaire pour que le son semble “s’auto-dévorer”. Il s’agissait de traduire la fureur de Yorke après une soirée cauchemardesque dans un bar de Los Angeles où il avait vu une femme devenir hystérique après qu’on lui ait renversé un verre.
Pour moi, Paranoid Android est le “Bohemian Rhapsody” de la génération X. C’est le son de l’aliénation technologique avant l’heure, un cri magnifique et terrifiant qui prouve que l’on peut tutoyer le chaos tout en restant d’une précision chirurgicale.

