Prince : le prince qui n’attendait personne
Il arrivait sur scène comme si le monde était déjà en retard sur lui.
Une silhouette fine, un regard presque insolent, des talons qui semblaient défier toutes les règles. Et puis cette manière de faire taire une salle entière avant même la première note. Chez Prince, tout semblait naturel, alors que chaque geste était pensé jusqu’au moindre détail.
Il passait d’une guitare brûlante à un falsetto presque irréel sans donner l’impression de changer d’effort. Il pouvait remplir un stade, puis donner le sentiment de chanter pour une seule personne. C’était là son mystère.
On le savait perfectionniste, insatiable en studio, capable d’enregistrer toute une nuit avant de revenir le lendemain avec une nouvelle idée. Mais cette exigence ne refroidissait jamais sa musique. Au contraire, elle lui donnait cette tension permanente qui faisait croire que tout pouvait arriver au morceau suivant.
Il refusait souvent les chemins les plus simples. Il préférait surprendre, disparaître quelque temps, revenir avec une nouvelle couleur, un nouveau son, une nouvelle silhouette. Rien n’était figé.
Pour beaucoup, ses disques accompagnaient les soirées, les longs trajets en voiture ou les chaînes hi-fi poussées un peu trop fort. Et des années plus tard, il suffit encore d’entendre quelques secondes de sa voix pour revoir une époque entière.
Certains artistes suivent leur temps.
Lui semblait toujours avoir quelques années d’avance.

