Psychocandy : la messe noire des frères Reid
Novembre 1985. Le rock britannique, englué dans les synthétiseurs rutilants et la production aseptisée, reçoit une brique de verre pilé en plein visage.
Enregistré aux Southern Studios sous la houlette de John Loder, le premier album de The Jesus and Mary Chain est une collision frontale, un accident de voiture entre les mélodies solaires des Beach Boys et le nihilisme abrasif du Velvet Underground.
Sur les quatorze pistes, les frères William et Jim Reid, épaulés par un Bobby Gillespie minimaliste à la batterie, orchestrent un chaos organisé. Le génie réside dans ce contraste violent : d’un côté, des structures pop d’une pureté fifties, de l’autre, des murs de larsen produits par des pédales de distorsion poussées jusqu’à l’agonie.
C’est un disque qui sent la colle, le cuir noir et le mépris adolescent. L’ingénieur du son a dû batailler pour que les voix, noyées dans une réverbération caverneuse, ne soient pas totalement dévorées par le feedback des guitares Gretsch.
À sa sortie le 18 novembre 1985, la presse est pétrifiée. On crie au génie ou à l’imposture. Pourtant, ce disque a inventé le Shoegaze, prouvant que la beauté la plus absolue peut s’épanouir dans un bruit blanc insupportable. Écouter Psychocandy, c’est comme regarder un coucher de soleil à travers un rideau de barbelés : c’est douloureux, séditieux et terriblement nécessaire. Un séisme de velours.

