Radiohead a préféré déplacer les murs.
Après “The Bends”, le groupe élargit le rock jusqu’aux paysages anxieux de “OK Computer”. Puis, au sommet de sa reconnaissance, il abandonne presque cette grammaire : “Kid A” fait entrer machines, boucles, textures électroniques et silences dans une musique qui refuse désormais de rassurer.
Avec Nigel Godrich, le studio devient moins un lieu d’enregistrement qu’un instrument.
Et pourtant, derrière les mutations, quelque chose ne change jamais : cette impression d’entendre cinq musiciens chercher une issue. La voix fragile de Thom Yorke, les guitares de Jonny Greenwood, les rythmes qui se dérobent donnent une forme physique au doute, à l’isolement, au monde moderne qui accélère.
Radiohead n’a pas rendu l’inquiétude confortable. Il lui a donné un son.

