Ramones : l'an zéro du punk
New York, 1976. Dans l'antre poisseuse du CBGB, quatre types en jeans troués et perfectos noirs s’apprêtent à décapiter le rock progressif avec une hache de 20 minutes.
Ce premier album éponyme des Ramones n’est pas qu’un disque ; c’est un attentat sonore contre la complaisance des années 70. Enregistré en un éclair pour quelques milliers de dollars, le son est une muraille de briques : une guitare tronçonneuse mixée d’un côté, une basse vrombissante de l’autre, et une batterie qui martèle un tempo de métronome sous amphétamines.
Tommy Ramone ne joue pas de la batterie, il bat le rappel d’une armée de parias. La production de Craig Leon est d’une sécheresse absolue, capturant l’urgence de morceaux qui dépassent rarement les deux minutes. Pas de solos, pas de fioritures, juste une décharge d’adrénaline pure. On raconte que lors des sessions, le groupe jouait si vite que l’ingénieur du son pensait à un problème technique.
C’est pourtant là que réside la révolution : dans cette simplicité brutale qui rend la musique au peuple. En écoutant ces pistes, j’ai toujours l’impression d’être projeté contre le mur d’un alleyway du Queens, les oreilles sifflantes mais le cœur galvanisé. C’est le bruit de la liberté qui se fiche du qu’en-dira-t-on. Un séisme nécessaire.

