Revolver : l'explosion chromatique du Big Bang Pop
Le 5 août 1966, le monde a basculé dans une nouvelle dimension. En déposant le diamant sur les sillons de "Revolver", les auditeurs n'écoutaient plus seulement quatre garçons dans le vent.
Ils assistaient à la dissolution de la réalité dans un bain d’acide et de technologie. Enregistré entre le 6 avril et le 21 juin 1966 aux studios Abbey Road sous l’égide du démiurge George Martin, cet album est le point de rupture, le moment précis où la pop devient un art total, une science occulte.
Geoff Emerick, ingénieur du son de seulement 19 ans, révolutionne alors la captation : les micros sont placés au plus près des peaux de batterie de Ringo, les voix passent dans des enceintes Leslie pour un effet de rotation spectral, et les bandes sont passées à l’envers. C’est une symphonie de textures inédites où la guitare de George Harrison mord le bitume tandis que les lignes de basse de Paul McCartney, propulsées par l’invention du “Automatic Transient Overload Control”, redéfinissent la rondeur du spectre sonore.
L’ambiance en studio est une ruche en fusion, un laboratoire où le sitar indien et les quatuors à cordes cohabitent avec des boucles de cassettes créées à la maison par Paul. C’est un disque qui sent la sueur, le thé froid et l’épiphanie.
Pour moi, c’est le son du vertige : une œuvre qui refuse la facilité pour embrasser le chaos organisé. Un séisme. Une renaissance.

