Runaway : le piano solitaire qui a redéfini le ciel de la pop
4 octobre 2010. Le monde de la musique s'est arrêté sur une seule note. Un Mi aigu, répété quinze fois avec une froideur de métronome. "Runaway" n’est pas qu’un single de l’album "My Beautiful Dark.
C’est le monument expiatoire de Kanye West, une pièce de neuf minutes qui transforme le narcissisme en art sacré.
Produit par West, Emile Haynie, Jeff Bhasker et Mike Dean, le morceau est une cathédrale sonore enregistrée aux studios Avex d’Honolulu. La précision technique y est chirurgicale : une ligne de basse minimaliste percutée par des samples de batterie du morceau “Expansions” de Lonnie Liston Smith et “It’s Your Thing” de Cold Grits.
L’innovation majeure ? Cette fin de trois minutes où la voix de Kanye, passée à travers une distorsion Vocoder saturée et des arrangements de cordes, devient un cri de violoncelle robotique.
Kanye West a fait réécrire son couplet à Pusha T plusieurs fois, exigeant qu’il soit plus “détestable”. Il voulait que Pusha incarne l’archétype du “douchebag” pour justifier le toast final à la santé des connards.
C’est le “Hey Jude” de la génération hip-hop. Un aveu de faiblesse si massif qu’il en devient une force de frappe. Écouter ce piano, c’est voir un roi s’autoflageller avec une couronne de diamants : c’est inconfortable, magnifique et absolument nécessaire.

