Sex Pistols: l’anarchie comme dernier cri
Londres, 1976. Un brouillard de récession étouffe une Angleterre exsangue. Soudain, la déchirure.
Quatre gamins édentés, emballés dans le cuir et le mépris par Malcolm McLaren, s’emparent de la scène comme on braque une banque. Les Sex Pistols ne sont pas venus pour jouer, ils sont venus pour tout raser. Sous la direction du producteur Chris Thomas, l’homme qui a poli les diamants de Pink Floyd et Roxy Music, le chaos trouve une colonne vertébrale d’acier.
Le son est un mur de guitares saturées, la Gibson Les Paul Custom 1954 de Steve Jones crachant des riffs d’une efficacité brutale, quasi métronomique. C’est une déflagration sonore. Derrière lui, la batterie de Paul Cook frappe avec une précision chirurgicale, loin de l’amateurisme prétendu. Et puis, il y a Johnny Rotten. Sa voix ? Un ricanement de hyène, un cri de damné qui n’articule pas le chant, mais l’insulte. Il ne chante pas l’amour ; il vomit le système sur des accords de puissance. C’est l’anti-virtuosité élevée au rang d’art sacré.
En studio, l’ambiance est électrique, saturée de la sueur des sessions aux studios Wessex. On y croise un Glen Matlock mélodique, bientôt évincé au profit de l’icône tragique Sid Vicious, incapable de jouer mais visage parfait du désastre. Le punk est né ici, dans ce refus de l’avenir. C’est court, c’est violent, c’est nécessaire. Un séisme qui a duré moins de trois ans, laissant derrière lui un monde musical en miettes, mais enfin libre de reconstruire sur les cendres du vieux rock progressif.

