Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band : le théâtre des étés anciens
En juin 1967, "Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band" ne ressemblait à rien de connu.
Quand on posait l’aiguille sur la première face, ce n’était pas un groupe qui démarrait, mais le brouhaha d’une salle de théâtre, des accords de guitare qu’on accorde, un public qui murmure. Puis, ce coup de canif électrique.
Ouvrir cette pochette double sur son lit, c’était entrer dans un labyrinthe. On passait des heures à fixer ces visages en carton-pâte, à chercher les indices, à lire les paroles imprimées en plein rouge au dos, une grande première à l’époque. Le salon familial se transformait. Paul McCartney lançait sa basse ronde et bondissante, George Harrison apportait les parfums de l’Inde avec son sitar, et la batterie de Ringo Starr avait ce son mat, lourd, presque physique, qui tapait directement au plexus.
Ce disque a aboli les frontières de ce qui était possible sur quatre pistes. Les rires enregistrés se mêlaient aux fanfares de cuivre, les clavecins croisaient des vagues de cordes vertigineuses. Ce n’était plus seulement de la musique, c’était un film pour les yeux fermés. Quand la face B s’achevait sur ce piano final, suspendu pendant de longues secondes de silence texturé, on restait immobile dans le noir. Il fallait se lever, retourner la galette noire, et recommencer le voyage.
Cinquante ans plus tard, l’odeur du carton de cette pochette est restée la même, et la magie opère dès les premières notes de cuivres.

