Sign 'O' the Times : l’orage mauve de Minneapolis
Une pochette encombrée de brocante, un clair-obscur fatigué, et ce double vinyle qu’on ramène chez soi comme un secret un peu lourd.
En 1987, la pop a soudainement cessé de sourire. Quand le diamant se pose sur la première face de Sign ‘O’ the Times, on n’entre pas dans une fête, mais dans une chambre close où la boîte à rythmes claque comme une sentence. Prince est seul. Il a licencié son groupe, fermé son univers, et construit ce disque de fin du monde avec la froideur d’une machine Fairlight et l’urgence d’un homme qui voit son époque basculer.
C’est un album qu’on écoutait le nez plongé dans les paroles, l’oreille tendue vers ces basses minimalistes qui manquaient cruellement à nos autoradios de l’époque. On découvrait une musique presque nue, austère, où chaque coup de caisse claire résonnait dans la poitrine. Les morceaux s’enchaînaient sans logique apparente, passant d’un funk squelettique à une pop lumineuse et enfantine, avant de sombrer dans des solos de guitare sales, enregistrés à la hâte.
Ceux qui ont possédé cet objet se souviennent du rituel. Il fallait retourner le disque trois fois, accepter les longueurs, les bizarreries, la voix accélérée de son double féminin. C’était le son d’une solitude absolue transformée en génie pur. Un disque de nuit, de doutes, qui refusait les compromis et captait l’air d’un temps qui grinçait.
L’aiguille remonte, le plateau s’arrête, et le silence qui suit possède la couleur étrange de ces années-là.

