Simon and Garfunkel : le murmure et l’ouragan silencieux
Ils sont l'anomalie sublime du New York des sixties. Deux silhouettes fragiles, Simon et Garfunkel, capables de figer le tumulte de Manhattan par la seule grâce d'une harmonie vocale millimétrée.
En octobre 1964, leur premier essai folk passe inaperçu, mais le destin bascule le 15 juin 1965 : le producteur Tom Wilson, sans leur en toucher un mot, injecte une section électrique sur une de leurs pistes acoustiques. Le choc. La folk se pare de l’armure du rock, et le duo devient le sismographe d’une Amérique en proie au doute.
Leur son est une horlogerie de précision. Simon, architecte maniaque de la six-cordes, sculpte des structures complexes sur sa Guild F-30, tandis que Garfunkel, avec sa tessiture d’ange mélancolique, déploie des cathédrales de réverbération. En studio, l’exigence frôle l’asphyxie. Sous l’œil de l’ingénieur Roy Halee, ils passent des centaines d’heures à doubler les voix pour obtenir cette texture unique, organique et spectrale.
C’est une musique de chambre jouée sur le bitume, où la solitude urbaine rencontre la poésie pastorale. On sent la sueur des nuits blanches aux studios Columbia, l’odeur du café froid et la tension créatrice d’un tandem qui s’aime autant qu’il s’irrite. Écouter leur évolution, c’est voir le noir et blanc se muer en technicolor, jusqu’à l’apothéose orchestrale de 1970. Une pureté qui blesse.

