Singles : There is a Light That Never Goes Out, romantisme au bord du crash
À mi-chemin entre la balade nocturne et l’ode funèbre, “There Is a Light That Never Goes Out” a l’allure d’une confession chuchotée depuis l’arrière d’un taxi, Manchester filant par la vitre.
Milieu des années 80 : l’Angleterre se crispe, l’indé s’invente un classicisme. Ici, la fuite devient programme esthétique - s’évader de la maison, de la ville, d’un destin mesquin - et la passion assume son humour noir.
Musicalement, le morceau tient sur un miracle d’économie. Guitares carillonnantes en couches fines, basse chantante qui dessine des contre-mélodies, batterie sèche qui retient le souffle. Au-dessus, des cordes spectrales - synthétiques mais nobles - étirent l’horizon. La progression reste simple, presque obstinée, pour mieux laisser l’intonation faire la dramaturgie : chaque reprise gagne un degré d’intensité, comme si la nuit se resserrait autour des phares.
Les paroles mêlent tendresse et bravade macabre. “Take me out tonight” : le désir d’être emporté plus loin que la bienséance, plus loin que soi. Et ce vœu paradoxal - “to die by your side” - qui transforme l’accident en moment de grâce, non pas par goût du tragique mais par absolu romantique : si le monde refuse l’excès, aimons jusqu’au bord. La chanson devient alors refuge pour timides en cuir et cœurs cabossés ; un hymne éclairant les marges, cette “lumière” qui ne s’éteint pas parce qu’elle brûle surtout quand tout vacille.
Des années plus tard, l’onde de choc demeure : un standard des nuits indé, un totem de l’amour contrarié, et la preuve que la douceur peut être plus subversive que le fracas.