(Sittin' On) The Dock of the Bay : l’adieu à la rive
La mort attendait à quatre jours de là, dans les eaux gelées du lac Monona.
Otis Redding s’installe aux studios Stax de Memphis en ce début de décembre 1967 avec une obsession : le changement. Il revient d’une résidence au Fillmore de San Francisco, les oreilles encore pleines de “Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band”, décidé à fracturer le moule de la soul classique. Il s’assoit avec Steve Cropper. Le guitariste cisèle cet accord de Sol majeur qui glisse vers un Si, une progression inhabituelle qui dégage une mélancolie horizontale, presque océanique. Sur sa Telecaster, Cropper ne joue pas des notes, il dessine le mouvement des marées.
La session respire une épure radicale. On entend le compresseur Fairchild 670 qui enrobe la voix d’Otis, capturant chaque souffle, chaque hésitation. Pour la première fois, Redding ne hurle pas sa douleur, il la contemple. Il y a ce sifflement final, improvisé car il manquait un dernier couplet, qui transforme le morceau en une errance éternelle.
Les bruits de vagues et les cris de mouettes, ajoutés en post-production, ne sont pas des gadgets ; ils ancrent le morceau dans une réalité physique, celle d’une solitude choisie face à l’immensité grise du Pacifique. C’est le son d’un homme qui accepte que le monde tourne sans lui.
C’est la bande-son d’un départ sans retour, une bouteille jetée à la mer par un roi qui venait de trouver sa paix.

