Sympathy for the Devil : le frisson des premières secondes
Une frappe sèche sur une peau tendue, puis ce cri sauvage qui déchire la nuit.
Tout commence par ce rythme de samba vaudou, un groove hypnotique qui monte doucement des enceintes et s’installe directement sous la peau.
Ce n’est pas du rock ordinaire. C’est une danse de séduction, un piège qui s’exécute dans l’obscurité d’un studio londonien en 1968, alors que le monde extérieur est en train de s’embraser. Charlie Watts installe cette cadence implacable pendant que les choeurs balancent leurs “woo-woo” comme une incantation de fin du monde.
Et puis, il y a cette basse, lourde, ronde, qui fait vibrer les portières de la voiture quand on roule sur l’autoroute, les vitres ouvertes, le coude à la portière.
Mick Jagger avance au micro avec l’assurance d’un prince déchu, déclinant ses identités à travers les siècles. On ressent la chaleur étouffante des nuits d’été où ce morceau sortait des transistors, saturant légèrement la bande FM. Le point de rupture arrive au milieu de la piste. Keith Richards branche sa guitare et décoche un solo court, strident, presque coupant.
Ce ne sont que quelques notes, mais elles possèdent la texture d’un rasoir. Elles transpercent le morceau, brutes et sans fioritures, laissant l’auditeur un peu essoufflé, agrippé au volant ou immobile au milieu du salon, le volume poussé un cran trop fort.
Le morceau s’étire, s’intensifie, devient une transe collective qui refuse de s’éteindre.
La musique s’arrête enfin, mais le tambour continue de battre quelque part dans la poitrine.

