The Band : le testament d’une Amérique fantasmée
Automne 69, alors que le psychédélisme s'évapore dans les vapeurs de Woodstock, cinq hommes s’enferment dans une villa de Sammy Davis Jr. à Hollywood pour enregistrer le silence des grands espaces.
Sous la houlette de John Simon, The Band accouche de son album éponyme, le “Brown Album”, publié le 22 septembre 1969. C’est un séisme de terre battue. Robbie Robertson y déploie une écriture cinématographique, tandis que Levon Helm, Rick Danko et Richard Manuel alternent les voix avec une ferveur de vieux prêcheurs fatigués.
Techniquement, l’album est une prouesse d’économie. Garth Hudson, véritable savant fou, tisse des textures aux claviers et au saxophone qui confèrent au disque une patine sépia, presque anachronique. La production est sèche, organique, refusant les artifices de l’époque pour privilégier l’interaction brute des musiciens. En studio, l’ambiance est à la fois studieuse et habitée, loin des excès du rock star system.
C’est le son d’une nation qui regarde dans son rétroviseur, entre chroniques de la Guerre de Sécession et fables rurales.
Pour moi, cet album est une anomalie sublime. Il ne contient aucune note superflue. C’est la structure même de la musique américaine, blues, country, gospel, passée au tamis d’une exigence quasi mystique. Un monument de bois et de fer. L’épure absolue.

