Novembre 1968. Après “Sgt. Pepper”, les Beatles abandonnent les uniformes et les couleurs. Pochette blanche, nue, numérotée comme une édition d’art. Dedans, trente titres sur deux galettes, sans fil directeur.
Ils reviennent d’Inde avec des chansons plein les valises et les enregistrent chacun dans son coin, parfois sans les trois autres. Ringo claque la porte quelques jours. Le studio est tendu, électrique, et le disque en garde la trace.
Il lacère, cisèle, vrille. “Happiness Is a Warm Gun” se fracture en trois mouvements. “Julia” tient sur une voix et une guitare, à nu. “Revolution 9” ouvre un gouffre de bandes découpées que personne n’attendait d’un groupe pop.
Folk, blues lourd, music-hall, avant-garde : un monde entier sur quatre faces. Les gens retournaient le disque sur la platine comme on fouille une maison inconnue, pièce après pièce.
Un groupe se brise, et chaque éclat brille.

