The Beatles [White Album] : le chaos blanc
Quatre hommes qui ne se supportent plus enferment leur génie dans trente chansons sans queue ni tête.
1968. Les Beatles reviennent d’Inde fracturés, chacun tirant vers son monde. Plus de concept, plus de fil rouge comme “Sgt. Pepper’s”, juste la pochette nue, blanche, sans titre, comme un aveu.
C’est un disque qui se déchire lui-même : le folk le plus tendre côtoie le bruit le plus brut, la ballade côtoie l’expérimentation la plus radicale jamais tentée par un groupe pop. McCartney chante seul dans un coin du studio, Lennon hurle sa rage conjugale, Harrison sort enfin de l’ombre.
Le son est sec, parfois âpre, dépouillé de tout artifice, comme si le groupe laissait tomber le costume pour montrer les coutures. Ce disque poisseux et fragmenté capte un groupe en train de se défaire sous les yeux du monde, et c’est précisément cette fracture qui le rend inépuisable, indomptable, toujours discuté.
Le plus grand groupe du monde s’y regarde mourir en direct, et compose son chef-d’œuvre en chemin.

