The Doors : l’incantation électrique sous le soleil de saturne
Los Angeles, 1967. Le Sunset Strip n'est plus seulement une artère californienne, c'est le laboratoire d'une messe noire solaire.
Quand les Doors publient leur premier album éponyme, ils ne se contentent pas d’ajouter un disque aux bacs ; ils déchirent le voile de la perception. Au centre, Jim Morrison, dionysiaque et spectral, n’est pas un chanteur, c’est un chaman de cuir dont la voix de baryton bascule, sans prévenir, du murmure d’outre-tombe au hurlement primal.
Le son est une anomalie sublime. L’absence de basse est comblée par la main gauche obsessionnelle de Ray Manzarek, qui plaque des lignes hypnotiques sur son orgue Vox Continental, tandis que sa main droite tisse des arabesques baroques et psychédéliques. C’est une collision entre le jazz économe de John Densmore et la guitare de Robby Krieger, qui glisse entre flamenco et blues acide.
En studio, l’ambiance est une cocotte-minute de sueur et de métaphysique. On sent la poussière du désert et l’odeur du soufre. Les morceaux s’étirent comme des transes interminables où le temps s’abolit. Ce disque est un monument de clair-obscur, une invitation à franchir le seuil des convenances pour embrasser l’inconnu. Une déflagration.
Écouter cet album aujourd’hui, c’est encore sentir ce frisson étrange : celui d’un groupe qui joue comme si le monde allait s’effondrer à la prochaine note.

