The House of the Rising Sun : la maison au bout de la nuit
Il suffit de cet arpège pour que tout redevienne sombre. “The House of the Rising Sun”, par The Animals, n’entre pas dans une pièce. Il l’envahit lentement.
D’abord cette guitare, presque seule, qui tourne comme une lumière faible derrière un rideau. Puis l’orgue d’Alan Price, grave, solennel, comme s’il venait d’une chapelle perdue au bord d’une route américaine. Et enfin la voix d’Eric Burdon. Une voix de gamin trop vieux, de gorge brûlée, de vérité impossible à maquiller.
En 1964, au milieu des refrains propres et des sourires télévisés, ce morceau semblait venir d’ailleurs. D’une rue mouillée. D’un bar fermé trop tard. D’un passé dont personne ne sort vraiment intact. The Animals reprenaient une vieille chanson traditionnelle et la transformaient en confession électrique. Pas besoin de solo spectaculaire. Pas besoin de vitesse. Tout repose sur la tension, sur cette montée qui serre la poitrine à chaque couplet.
On imagine des transistors posés sur une table de cuisine, des voitures garées devant un dancing, des jeunes qui se taisent un instant parce qu’ils sentent que quelque chose de plus grand passe à la radio.
Ce morceau n’a jamais vraiment vieilli. Il garde cette poussière, cette menace douce, cette élégance triste.
Et quand la dernière note retombe, il reste toujours cette maison quelque part, éclairée dans la nuit, où personne n’a vraiment envie d’entrer.

