The Joshua Tree : la rumeur d'un désert qui commence dans une chambre d'adolescent
En mars 1987, U2 s'éloignent de la pluie de Dublin pour regarder vers l'immensité américaine. Ils y trouvent une frontière invisible, faite de grands espaces et de doutes profonds.
The Joshua Tree ne commence pas vraiment par de la musique, mais par un frémissement. Cet orgue lointain, presque imperceptible, qui monte lentement avant que la guitare de The Edge ne vienne entailler le silence.
Ceux qui ont acheté ce vinyle le jour de sa sortie se souviennent de la pochette. Ce noir et blanc granuleux signé Anton Corbijn, cette impression de tenir un morceau de roche volcanique entre les mains. On posait l’aiguille, et la pièce changeait d’atmosphère. Le son était immense, sec, habité par la basse ronde d’Adam Clayton et la frappe métronomique de Larry Mullen Jr. Ce n’était plus du post-punk, c’était du gospel électrique.
L’album avance comme un voyage sur une route rectiligne, les phares plongeant dans la nuit du Nevada. Chaque morceau possède cette tension unique, cette recherche d’absolu qui s’exprime dans les aigus de Bono. On retournait le disque pour la face B, plus sombre, plus brute, hantée par les fantômes de l’Amérique latine et les usines fermées de la vieille Europe.
L’aiguille remonte dans un léger craquement, mais le vent du désert continue de souffler dans la pièce.

