The Message : quand le hip-hop a cessé de rire
1982. Le Bronx brûle, mais les ondes préfèrent encore l’insouciance des paillettes disco. Puis, comme un coup de tonnerre dans un ciel de bitume, surgit "The Message".
En sept minutes d’une tension cinématographique insoutenable, Grandmaster Flash and The Furious Five brisent le miroir des apparences. Ce n’est plus une invitation à la fête, c’est un reportage de guerre sociale au cœur de New York.
Musicalement, c’est un séisme de dépouillement. Exit les samples de funk cuivré ; place à un futurisme froid et poisseux. Une ligne de synthétiseur minimale, un beat de boîte à rythmes qui résonne comme un marteau-piqueur et ce rire sardonique, presque démoniaque, qui ponctue le chaos ambiant. C’est du Edward Hopper passé au mixeur électro : la solitude urbaine mise en boîte.
L’histoire retiendra que le groupe a failli passer à côté de son chef-d’œuvre. Les membres des Furious Five, à l’exception de Melle Mel, détestaient le morceau, le trouvant trop lent et déprimant pour les clubs. Il a fallu l’intuition géniale de Sylvia Robinson, la patronne de Sugar Hill Records, pour les forcer à enregistrer ce qui allait devenir l’acte de naissance du rap conscient.
Pour moi, The Message reste le point de bascule ultime. C’est l’instant précis où le Hip-Hop a cessé d’être un divertissement de quartier pour devenir le premier grand roman social du XXe siècle finissant. Chaque écoute me procure cette même claustrophobie salvatrice. C’est brut, c’est sale, et c’est absolument vital.

