The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars : l'archange de l'apocalypse glamour
Sortir "The Rise and Fall of Ziggy Stardust ...." de son fourreau de carton, c’était sceller un pacte avec une créature androgyne dont l’arrogance n’avait d’égale que la fragilité.
David Bowie, l’architecte du Trident Studios, n’enregistre pas de simples chansons ; il sculpte une mythologie de la fin du monde où le rock devient une religion de l’éphémère. La production de Ken Scott irradie d’une clarté presque clinique, contrastant avec la fureur abrasive de Mick Ronson. Sa Gibson Les Paul Custom de 1968 lacère l’espace sonore, offrant à l’album cette colonne vertébrale rugueuse, héritée du Velvet Underground mais lustrée pour le futur.
Chaque sillon transpire la poussière d’étoile et la sueur des clubs londoniens. On entend le bois de la guitare acoustique douze cordes frémir, on sent la tension des cordes de piano qui martèlent des accords dramatiques, presque baroques. C’était le temps où l’on s’identifiait à ce Messie de pacotille, où l’on cherchait dans le regard hétérochrome de Bowie une issue au gris du quotidien.
Ce disque n’est pas une collection de morceaux, c’est une pièce de théâtre électrique jouée sur les décombres de l’innocence hippie. Il y a une urgence viscérale dans cette voix qui bascule du murmure à la transe, une élégance désespérée qui nous disait que, si la Terre devait mourir dans cinq ans, nous danserions au moins sur les braises.
Bowie n’a pas seulement changé la musique ; il a réinventé nos solitudes.

