The Stone Roses : la cathédrale de crépuscule et d'acide
C’est le son d’un Manchester qui s’éveille sous un soleil de juillet qu’il n’avait jamais osé espérer.
Publié le 2 mai 1989 sur le label Silvertone, l’album éponyme de The Stone Roses n’est pas qu’une collection de chansons ; c’est le big bang de l’ère Madchester, un pont suspendu entre la psychédélie de 1967 et l’hédonisme rave de 1989. Produit par John Leckie aux studios Battery à Londres (et aux studios Rockfield), le disque capture une alchimie miraculeuse entre l’arrogance prolétaire et une grâce presque angélique.
Tout repose sur une section rythmique d’une précision chirurgicale : la basse métronomique de Mani fusionne avec le jeu de batterie jazzy et bondissant de Reni, créant un tapis roulant sur lequel John Squire peut broder ses enluminures à la guitare, alternant cocottes funk et envolées jangle-pop. Au centre, la voix de Ian Brown, parfois fragile, insuffle une morgue christique.
L’enregistrement fut tendu, les sessions s’étirant pour capturer cette réverbération parfaite, ce “shimmer” qui définit une génération. On y entend l’écho des Byrds, mais avec une urgence de fin de siècle. C’est un disque qui sent la peinture fraîche, la sueur et l’encens. Une œuvre totale qui a rendu la guitare à nouveau sexy alors que les machines commençaient à tout dévorer. Un chef-d’œuvre absolu. Le son de l’éternité adolescente.

