The Stone Roses : la guitare sonne comme un été qui refuse de finir
Avec "The Stone Roses", 1989 change d'odeur. Moins cuir, moins néon.
Plus pollen, bière tiède, baskets sales devant un club de Manchester. La pochette éclabousse l’œil comme un mur peint à la hâte, du citron, des taches, une promesse de révolte douce. On sort le vinyle, on le pose, et tout s’ouvre : basse ronde, batterie qui danse, voix détachée, presque insolente.
Cet album ne frappe pas. Il infiltre. Il fait bouger les épaules avant même qu’on décide de danser. John Squire cisèle des guitares liquides qui coulent entre les doigts sans qu’on sache comment les retenir. Mani pousse le sol sous les pieds. Ian Brown chante comme si le mythe était déjà là, juste derrière lui, patient.
Dans une chambre, fenêtre ouverte, ou dans une voiture trop pleine en rentrant d’une soirée, il donnait l’impression que la nuit appartenait encore aux gamins. Ce disque ne raconte pas seulement Madchester. Il capture ce moment précis où le rock retrouve la rue, les corps, la sueur, cette arrogance claire des débuts.
Il reste près de la platine. Toujours prêt. Comme si le silence était une faute qu’il se chargeait de réparer.

