The Velvet Underground : le bruit, la sueur et le sacré
New York, 1965. Dans la moiteur d’un loft de Ludlow Street, une collision tectonique s’opère.
Lou Reed, poète des bas-fonds nourri au Doo-wop et au journalisme de caniveau, rencontre John Cale, prodige gallois de l’alto passé par l’avant-garde de La Monte Young. L’étincelle est noire. Sous l’aile d’Andy Warhol, le groupe devient l’organe vital de la Factory, une machine de guerre sonique où la distorsion devient une religion.
Le son est un assaut. La batterie de Maureen Tucker, dépourvue de cymbales, martèle un rythme tribal et métronomique, tandis que la guitare de Sterling Morrison tisse des trames de plomb. C’est une esthétique du malaise et de la rédemption. Lorsque Nico, la “Prêtresse de la Nuit”, pose sa voix sépulcrale sur les compositions de Reed, le contraste est saisissant. Une beauté glaciale au milieu du chaos. Le premier album, enregistré en grande partie entre le 16 et le 23 avril 1966 aux Scepter Studios de New York sous la direction de Tom Wilson, redéfinit les limites du rock.
Ils chantent ce que les autres cachent : l’addiction, la déchéance urbaine, les amours interdites. Le choc. Personne n’en veut, mais chaque auditeur fondera un groupe. C’est l’art du drone et de la dissonance élevée au rang de mystique. Écouter le Velvet, c’est accepter de se salir les mains dans le caniveau pour y trouver, par accident, le reflet des étoiles. Une déflagration silencieuse qui résonne encore.

