There's a Riot Goin' On : ce disque ne danse pas : il transpire.
L'Amérique grince sous quelque chose qu'elle ne sait pas encore nommer, et Sly Stone ferme les rideaux, ralentit le pouls, noircit le funk jusqu'à ce qu'il colle aux doigts.
Ce disque ne claque pas comme une fête, il rampe, il s’étire, il reste.
La basse avance lourde. La batterie-machine cogne sec, sans swing, sans promesse. Les voix montent, s’effacent, reviennent comme des gens qu’on entend dans la pièce d’à côté sans jamais les voir entrer. Tout sonne proche, mais trouble, comme une cassette copiée trop de fois, celle qu’on glissait dans l’autoradio par une nuit sans destination, vitres baissées sur rien de particulier.
Sly ne raconte plus l’utopie multicolore. Il la regarde se fissurer depuis l’intérieur. Les cuivres griffent, les chœurs hantent, le groove boite, et pourtant il tient. Pas par force. Par épuisement, peut-être. Par quelque chose de plus vrai que la résistance.
Ce disque a 55 ans en 2026. Il respire encore comme une nuit sans sommeil, et laisse une trace poisseuse sur tout ce qu’il touche.

