Après l’utopie multiraciale et l’énergie collective qui avaient fait de Sly and the Family Stone un symbole de la fin des années 60, There’s a Riot Goin’ On arrive comme un lendemain difficile. L’Amérique s’assombrit, et le groupe avec elle.
Sly enregistre largement seul, empile les pistes, utilise une boîte à rythmes et laisse volontairement le son devenir trouble, presque étouffé.
Le funk ne bondit plus : il rampe. Sur “Luv N’ Haight” ou “Spaced Cowboy”, les voix semblent surgir d’une pièce enfumée, les basses s’enfoncent dans le mix, le groove tourne jusqu’à l’hypnose.
Ce disque dérouta autant qu’il fascina. Son funk ralenti, sale et intérieur ouvrira des chemins au hip-hop comme aux musiques noires les plus aventureuses.
Woodstock paraît soudain très loin. Ici, l’aube n’arrive jamais vraiment.

