There's a Riot Goin' On : l'apocalypse sous silencieux
1971. Le rêve de Woodstock est une carcasse que Sly Stone dépèce avec une cruauté méthodique.
There’s a Riot Goin’ On, sorti le 1er novembre 1971 sous le label Epic, n’est pas un album : c’est un constat de décès funkifié. Enregistré principalement au Record Plant de Sausalito et dans le studio personnel de Sly à Los Angeles, le disque est le fruit d’une paranoïa alimentée par la cocaïne et les pressions des Black Panthers.
Sly, devenu un démiurge solitaire, écarte presque totalement la Family Stone. Il sature les bandes, enregistre, efface et réenregistre jusqu’à l’usure physique du support. Le son est étouffé, boueux, porté par l’utilisation révolutionnaire de la boîte à rythmes Maestro Rhythm King. La basse de Larry Graham, autrefois bondissante, devient ici une pulsation d’outre-tombe, un battement de cœur sous sédatifs. C’est une production lo-fi avant l’heure, où chaque craquement semble porter le poids des émeutes de Newark.
C’est le disque le plus courageux de l’histoire de la soul. Là où le public attendait l’euphorie, Stone offre une léthargie habitée. Un chef-d’œuvre de décomposition. En l’écoutant, j’ai l’impression de marcher dans une ville après le passage d’une onde de choc : le silence y est plus bruyant que le chaos. Sly ne chante plus, il murmure depuis le centre d’un cyclone de velours sombre. Une révolution intérieure, fatiguée, mais d’une lucidité terrifiante.

