This Year’s Model : l’urgence nerveuse d’un monde qui bascule
17 mars 1978. Elvis Costello ne se contente pas de sortir un deuxième album ; il lâche une meute de chiens enragés dans le salon feutré du rock britannique.
Si “My Aim Is True” tâtonnait encore dans les effluves pub-rock, This Year’s Model est l’explosion atomique d’un génie binoclard qui a enfin trouvé son moteur : The Attractions. Enregistré aux studios Eden sous la houlette de Nick Lowe, l’album est une prouesse de tension électromagnétique.
Le son est une agression polie. La basse de Bruce Thomas galope avec une agilité féroce tandis que Pete Thomas martèle ses fûts comme si sa vie en dépendait. Mais c’est l’orgue Vox Continental de Steve Nieve qui déchire la toile, injectant une urgence “sixties” pervertie par l’amertume du présent. Costello, lui, crache ses textes avec une diction de mitraillette, entre cynisme amoureux et paranoïa médiatique. C’est précis, sec, sans un gramme de graisse. Lowe a capturé cette urgence en quelques semaines, privilégiant la morsure du direct aux fioritures du studio.
L’impact fut immédiat : Costello devenait le visage d’une New Wave cérébrale mais viscérale. En l’écoutant, on ressent ce vertige d’être à la fois l’observateur et la victime d’une société de consommation qui nous dévore. Un disque de sueur, de bile et de mélodies imparables. Le son pur de l’arrogance nécessaire.

