Trout Mask Replica : le big bang de l’antimatière blues
Mars 1969, Troutman Avenue. Sous la dictature bienveillante de Don Van Vliet, le Magic Band s’enferme pendant huit mois dans une villa californienne pour accoucher d’un monolithe d’incongruité.
Ce n’est plus de la musique, c’est une architecture du chaos. Produit par Frank Zappa pour le label Straight Records, l’album sort officiellement le 16 juin 1969.
Le son ? Une déconstruction chirurgicale du Delta blues passée au hachoir du free-jazz. Beefheart a forcé ses musiciens, dont l’incroyable Bill Harkleroad (Zoot Horn Rollo) et Mark Boston (Rockette Morton), à répéter jusqu’à l’atrophie pour obtenir ce jeu polyrythmique où chaque instrument semble jouer un morceau différent, tout en restant étrangement soudé.
C’est une collision entre l’atonalité d’Ornette Coleman et la poussière des champs de coton. La voix de Van Vliet, grondement tellurique de quatre octaves, survole ce maelström avec une poésie surréaliste.
L’enregistrement final fut bouclé en seulement six heures, car le groupe était devenu une machine de guerre de précision. C’est un disque qui ne s’écoute pas, il s’endure avant de se révéler. Une œuvre totale qui a redéfini les limites du possible, rendant le punk caduc avant même son invention. Un séisme de pure volonté. Le silence qui suit l’écoute est encore du Beefheart.

