Walk on the Wild Side : le trottoir devient scène
1972. Lou Reed sort de l'ombre du Velvet Underground et lâche, produit par Bowie et Ronson, ce groove feutré qui semble marcher pieds nus sur l'asphalte mouillé.
La ligne de basse d’Herbie Flowers, doublée, une acoustique et une électrique jouées ensemble, installe un balancement hypnotique, presque paresseux, sous lequel Reed murmure plus qu’il ne chante. Il raconte Holly, Candy, Little Joe, des figures de la Factory de Warhol, travesties, prostituées, marginales, avec une tendresse sèche qui ne juge jamais.
Le sax de Ronnie Ross referme le morceau dans un souffle grave, presque un clin d’œil complice. À la radio américaine de l’époque, passer un titre sur la fellation et la prostitution sans que personne n’y prête attention relevait du tour de passe-passe. C’est ça, la vraie transgression : glisser l’interdit dans une mélodie qu’on fredonne sans y penser.
Le sulfureux, parfois, se chante en chuchotant.

