Walk on the Wild Side : les éclats d’une armée de sept nations
une onde de choc traverse le bitume de Manhattan. Lou Reed, transfuge magnifique du Velvet Underground, délaisse le chaos bruitiste pour une élégance vénéneuse sous l’aile protectrice de David Bowie.
Le son change. Il s’épure, se fait sculptural. À Trident Studios, l’atmosphère est électrique, chargée de la vapeur des cigarettes et de l’ambition d’un homme qui veut transformer la marge en centre du monde. La basse de Herbie Flowers, avec son glissando de contrebasse doublé d’une basse électrique, devient le battement de cœur d’une ville qui ne dort jamais.
Reed n’est plus seulement un chanteur ; il est un reporter de l’ombre. Sa voix, ce talk-over traînant, presque désabusé, dissèque la faune de la Factory avec une précision chirurgicale. On y entend la sueur des drag-queens, le désespoir des junkies et la beauté convulsive des nuits blanches. C’est une révolution de velours. Le producteur Mick Ronson y injecte des cordes dramatiques et des arrangements de piano qui contrastent violemment avec la crudité des textes.
Pour moi, écouter ce disque, c’est marcher seul dans une rue sombre où chaque réverbère éclaire un péché différent. Le choc. Une déflagration feutrée qui a appris au rock à porter du rouge à lèvres sans perdre sa dangerosité. Lou Reed a réussi l’impossible : faire de la déchéance une poésie universelle et radiophonique.

