What'd I Say : le big bang de la soul
18 février 1959. Studio Atlantic, New York. Ce jour-là, Ray Charles ne se contente pas d'enregistrer un morceau ; il dynamite les barrières entre le sacré et le profane.
What’d I Say est l’acte de naissance de la Soul, une collision frontale entre l’extase du gospel et l’érotisme du blues.
Produit par les sorciers Ahmet Ertegun et Jerry Wexler, le titre repose sur un riff de piano électrique Wurlitzer hypnotique. La structure est une prouesse de tension : un appel-réponse (call and response) viscéral entre Ray et les Raelettes (Margie Hendricks en tête). Techniquement, l’innovation réside dans ce groove latin, un mélange de conga et de rumba, impulsé par le batteur Milt Turner. C’est une machine de guerre rythmique de 6 minutes 22, si longue qu’elle fut scindée en deux parties sur le 45 tours.
L’anecdote est entrée dans la légende : la chanson est née d’une improvisation totale lors d’un concert à Brownsville, fin 1958. Ray devait meubler douze minutes avant la fin du set. Il a plaqué ce riff, ordonné aux Raelettes de répéter tout ce qu’il faisait, et la salle a explosé. En studio, l’ingénieur Tom Dowd a capté cette urgence sauvage, malgré les grognements suggestifs qui vaudront au titre d’être banni par de nombreuses radios puritaines.
Pour moi, ce morceau est un séisme permanent. C’est le son d’une libération physique absolue. Quand Ray hurle ce “Oh !” final, on n’écoute plus de la musique, on assiste à une transe électrique qui préfigure Prince et James Brown.

