Il lance un riff de piano électrique, sautillant, presque enfantin. Sa section rythmique suit. Les Raelettes répondent. Et soudain, la scène devient une église qui aurait perdu toute pudeur.
Le piano Wurlitzer mord, nasillard, tranchant. La batterie claque un rythme latin, sec, obstiné. Puis viennent les gémissements, les “uh-huh”, les soupirs : un dialogue charnel entre un homme et ses choristes.
Les radios le bannissent. Les pasteurs hurlent au blasphème. Les jeunes, eux, achètent le 45 tours par millions.
Ici naît la soul. Le gospel et le blues cessent de se regarder de loin. Le sacré et le profane se fracassent dans le même couplet, et personne n’a plus jamais pu les séparer.
Ce disque ne chante pas le désir. Il le fait entendre, la sueur au front.

