What's Going On : le jour où la soul est devenue la conscience de l'Amérique
1971 : un homme brise son image de crooner pour hurler la vérité sur son pays.
Marvin Gaye traverse la Motown avec les tubes d’amour qu’on lui réclame, jusqu’au jour où il refuse. La guerre du Vietnam, les ghettos qui brûlent, son frère revenu du front hanté, tout ça s’invite dans le studio contre l’avis de Berry Gordy lui-même.
Le résultat : une suite continue, cordes et cuivres tissés en une seule respiration, où chaque morceau glisse dans le suivant sans jamais s’arrêter pour respirer. La voix de Gaye se dédouble, murmure et supplie en même temps, portée par une basse ronde et des percussions feutrées, presque nues.
Ce n’est plus de la soul de studio calibrée pour la radio, c’est une confession collective, posée sur du velours.
L’album ouvre la voie à toute une génération de musiciens noirs qui refuseront désormais de choisir entre danser et dire quelque chose.
Il a demandé ce qui se passait. cinquante ans après, la question tient encore debout.

